Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 16:46

Mesdames, messieurs, nous voilà plongé en plein drame.

Alors que La La Land séduit nos grands écrans (je souligne au passage le grand coup de cœur pour l'équipe de la rédaction en ce début d'année 2017), j'ai constaté avec effroi que le Kamikaze n'avait pas obtenu un article depuis trop longtemps. Ni une, ni deux, j'enfile ma tenue de ninja, et me voilà dans le cinéma le plus proche de chez moi (qui ne projette pas La La Land, un véritable scandale, mais ne nous égarons point dans ce débat). Je m'installe donc dans la salle et le noir se fait : c'est le début du film 50 nuances plus sombres.

 

Synopsis : C’est un Christian blessé qui tente de reconquérir Anastasia. Cette dernière exige un nouveau contrat avant de lui laisser une seconde chance. Mais une ombre surgit du passé de Christian et plane sur les deux amants, déterminée à détruire un quelconque espoir de vie commune.

 

Soyons honnête : le premier opus était trop sage par rapport à ce qu’on nous avait vendu (un film érotique, tiré du best-seller éponyme), même les fans s'en trouvaient frustrés. Ce n’est pas grave : deux films arrivaient derrière, il était toujours temps de se rattraper. En plus, le titre fait penser à quelque chose de dark, donc plus hard, plus sexy, plus olé olé, plus de fantasmes, plus… non ? Non. Dam'nd, ma naïveté me perdra. M'aurait-on menti ?

 

Le film reprend donc là où nous nous étions arrêtés : une Anastasia Steele qui avait rompu avec son beau Christian (que nous appellerons Cricri d'amour – vous allez comprendre), après avoir découvert une facette sombre en lui. Mouais. Il ne lui faut pas longtemps (15 minutes de film, montre en main) pour finalement laisser à ce garçon une seconde chance, prêt à tout changer, à s’incliner face à ses besoins et ses désirs. Pourquoi pas, voilà une inversion intéressante des rôles dominant/dominé. Car Anastasia Steele ne se laisse pas faire, et possède plus d’assurance que dans le premier opus. Fini la jeune étudiante timide et maladroite, la voilà assistante dans une maison d’édition. Sauf qu’être une femme libérée, ce n’est pas si facile. Gentil Beau Bosse n’est pas moins possessif et malsain qu’avant. Anastasia ose revendiquer le droit de gagner sa vie? Le milliardaire rachète la maison d'édition pour laquelle elle travaille. Elle se retrouve seule en train de siroter un verre avec son boss ? Il n’est pas content. Elle doit partir à New York pour se rendre à son salon avec son patron ? Il dit non. Et là on se dit « quand même, il abuse ! » Oui sauf que Jack alias le patron charmant va s’avérer être un méchant obsédé sexuel qui cherchera à persécuter la jeune demoiselle. Mais quelle différence entre cet être abominable et notre Cricri d'amour, allez-vous me demander ? La différence, c'est l'amûûûûûr. Notre héros reste donc un gentil grand défenseur de sa douce et tendre. Tout va bien dans le meilleur des mondes.

 

La différence entre un méchant et un gentil obsédé sexuel ? Le méchant a une mèche rebelle.

La différence entre un méchant et un gentil obsédé sexuel ? Le méchant a une mèche rebelle.

 

Mais c'est pas facile d'être un gentil. Le passé de Cricri ressurgit de toute part dans le film et révèle un côté sombre et fragile (comme tout bon héros américain, obsédé sexuel ou non). Battu par son père, élevé jusqu’à l’âge de 4 ans par une mère droguée, morte devant ses yeux… On nous justifie tout au long du film son comportement pervers et sado-masochiste. D’ailleurs la courte rupture entre les deux amoureux l’aura fait perdre une certaine assurance, au point qu’il en aura fait pousser sa barbe de trois jours (pour nous montrer qu’il s’est laissé aller parce qu’il est malheureux). Cricri est donc un homme complexe et torturé, genre un homme avec des fêlures (tu la vois, la larme au coin de mon œil ?), ce qui éveille la compassion chez Anastasia et une certaine interrogation : « Mais pourquoi tu ne m’en as jamais parlé ? » lui demande t-elle la larme à l’œil, prête à activer le syndrome de l’infirmière « Ben en fait, je te l’ai déjà dit, mais c’était pendant que tu dormais. » Anastasia répond en souriant : « Tu sais, la base d’une bonne communication, c’est quand les deux parties sont éveillées ». Je. Mais. Que. CETTE CONVERSATION N’A AUCUN SENS. Qui a écrit ces dialogues ? Je veux un coupable.

 

Leur relation reprend donc là où elle s’était arrêtée, menée par l’amûr de nos tourtereaux.  Mais leur amour n’est pas sans obstacle, et la comédie romantique se transforme presque en mauvais épisode des Feux de L’Amour. On découvre le visage de Elena Lincoln, la fameuse « Mrs. Robinson » qui fit son éducation sexuelle dans un passé pas si lointain, et développé son penchant pour le sadisme. « Sans moi il serait mort ou en prison » se justifie t-elle à l’héroïne. Euh, et sinon, une bonne séance chez un psy, personne n’y avait pensé ?

 

Elle s’oppose à leur union, expliquant que son jeune amant n’a pas changé et ne pourra jamais être satisfait de leur relation. OK. Donc, dans le rôle de la méchante bonne femme qui s’oppose à leur union (sans réellement mettre des bâtons dans les roues puisqu’elle ne passe jamais à l’action), nous avons une Kim Basinger toute botoxée. Et dans le rôle d’une ex jalouse et psychopathe, nous avons une ancienne soumise devenue l’ombre d’elle-même (les cheveux longs et négligés, les vêtements sales, la mine grise… C’est pour montrer qu’elle est dark. Cricri, garanti pure drogue des jeunes femmes de notre époque), errant d’une scène à l’autre… Et n’apportant pas grand-chose non plus à l'intrigue au bout du compte. Pire, le couple perd tout son sex-appeal, s’il n’en a jamais eu, quand Cricri demande à la jeune fille en fleur en mariage. C’est beau, un amour triomphant.

 

Si aucun personnage ni aucune action portée n’active le moteur, que nous reste t-il à nous mettre sous la dent ? Les scènes de sexe ? Soyons sérieux : 5 coïts torchés en 30 secondes sur un fond de musique de lover, deux bondages, un cunni, une fessée, une boule de geisha… tout est prétexte pour faire enlever la culotte d’Anastasia et montrer son (joli) derrière. Mais on rencontre hélas le même souci que dans le premier volet : les scènes de sexe sont trop « proprets », trop soft pour susciter du fantasme ou du désir chez le spectateur. Même lorsqu’ils retournent dans la fameuse chambre rouge… on reste dans le politiquement correct. Pudibonderie américaine ? Même dans « Ghost », on a fait mieux en terme de sensualité !

 

« Oh oui, fais-moi grimper aux rideaux Cricri !!! »

« Heu, calme-toi, je t'enlève juste un cil collé sur ton menton... »

 

En résulte un film insipide et sans saveur, causé par un jeu d’acteur limité et un scénario qui ne suscite que l’ennui chez le spectateur. La principale cause de ce flop provient aussi du marketing non assumé jusqu’au bout : on nous promet une ambiance trash et crue, alors que le film passe son temps à se défiler. On espère plus d’action dans le troisième film, avec une méchante Mrs Robinson et un Méchant Beau Gosse en colère prêts à détruire le joli couple kawaï (j’avais parié 5que je placerai ce mot dans mon article. Trop facile !).

Mais je m’avoue vaincue comme notre ami Zang : je n’irai pas voir la suite.

 

Note : je précise que n'ayant pas lu les livres, il ne m'est pas possible de les comparer aux films. Je laisserai les lecteurs seuls juges de cette sombre affaire.

 

Clémentine Samara

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
commenter cet article

commentaires

Stan 17/02/2017 16:03

Je suis d'accord pour quasiment l’entièreté de la critique, c'est insipide, 2 heures de "fuis moi, je te suis, suis moi, je te fuis". C'est excessivement énervant.
Par contre "fond de musique de lover", pour moi non, clairement la BO est le seul atout du film. Alors oui c'est du RnB la plupart du temps, mais du bon, voir très bon.

Présentation

  • : Le blog du kamikaze de l'ecran
  • Le blog du kamikaze de l'ecran
  • : "Le Kamikaze de l'écran" est un web-magazine libertaire offrant à l'internaute des avis de plusieurs chroniqueurs sur le cinéma, le jeu vidéo, la littérature, la BD, mais aussi sur les actualités du net. Priorité à la dérision et l'humour.
  • Contact

Recherche

Catégories

Liens