Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 juillet 2016 7 24 /07 /juillet /2016 09:03

Coucou tu veux voir mon vaisseau ?

Et voilà, arrive l'été et ses innombrables inconvénients : moustiques, coups de soleil, transpiration, canicule, déshydratation... et les mauvais films à l'affiche. Un chef d'œuvre est rarement programmé en cette saison, même un film un tant soit peu correct.

On m'a pourtant prévenu : la suite d'Independance Day est mauvaise. « Si tu veux gagner deux heures de ta vie, ne vas pas le voir ». Oups, trop tard, la curiosité m'a déjà gagné.

En 1996, j'avais 8 ans, les Spice Girls avaient du succès, Titanic n'existait pas encore, Jacques Chirac était président de la République Française, les Twin Towers se dressaient toujours fièrement à New York, Internet marquait de timides débuts dans notre quotidien, la télé-réalité n'avait pas encore envahi la France et personne n'avait jamais entendu parler de Kim Kardashian. Epoque révolue, nostalgie.

Il y a vingt ans, mes parents m'ont emmené voir ce film aux effets spéciaux spectaculaires pour l'époque. Independence Day m'avait littéralement glacé le sang, mon jeune âge faisait que j'étais encore bien impressionnable. Des vaisseaux gigantesques, plus grands que les plus grandes villes, un suspense bien rythmé (les vilains aliens attendent au moins une bonne vingtaine de minutes avant d'attaquer les gentils terriens, ces grands couillons), des punchlines bien envoyées et bien dosées, des acteurs au top de leur gloire (Will Smith et Jeff Goldblum!). Mettons-nous d'accord : ce n'est pas un chef d'œuvre, mais un bon film d'action/science-fiction qui ne fait pas mal à la tête et dont le seul intérêt reste les poncifs employés, non sans un soupçon d'humour. Independence Day, c'est un peu notre madeleine de Proust : on regarde avec plaisir, même si on connaît le scénario et son happy-end tellement prévisible.

 

Depuis plusieurs années, des rumeurs d'une suite à ce film se diffusaient, sans que l'on sache réellement si le projet allait voir le jour. Soyons honnête : on savait que l'idée, ô combien tentante, donnerait un résultat au mieux mitigé, au pire médiocre. Un exemple récent ? Jurassic World. TMTC, wesh.

 

Vingt ans plus tard, on remet ça. Voyons ce que ça donne.

Nous avons toujours su qu'ils reviendraient. La terre est menacée par une catastrophe d’une ampleur inimaginable. Pour la protéger, toutes les nations ont collaboré autour d’un programme de défense colossal exploitant la technologie extraterrestre récupérée. Mais rien ne peut nous préparer à la force de frappe sans précédent des aliens. Seule l'ingéniosité et le courage de quelques hommes et femmes peuvent sauver l’humanité de l'extinction.

 

Après visionnage, ce film semble être tellement un pur LOL dans ta face du début à la fin... Il ne me sera pas possible de passer en revue tout ce qui rend ce film si drôle dans un seul article. Je me contenterai donc de mettre l'accent sur les principaux éléments.

 

Voyons le contexte du scénario : depuis l'attaque de 1996, la Terre n'a plus jamais connu aucun conflit dans le monde, qui s'est révélé uni face à l'adversité. C'est beau.

En vingt ans, les terriens ont conquis la technologie des aliens pour améliorer la leur. Résultat : de beaux vaisseaux qui volent, et des bases lunaires vachement sophistiquées. Cool.

Mais vingt ans après l'attaque, un vaisseau encore plus gros que ceux du premier film se pointe pour prendre sa revanche et tuer les terriens. Bouh.

Et en vingt ans, les personnages du premier opus ont évolué : le petit Dylan est devenu un beau jeune homme et militaire comme son pôpa (qui, à la base, était son beau-père... bref.), la petite Patricia (la fille du président, vous suivez ?) est elle aussi devenue militaire mais largement occupée avec son pôpa à moitié fou (siiii, il ne se rase plus la barbe ! Au cinéma c'est pour montrer qu'il est fou et angoissé), David est devenu un mec vachement important alors que son pôpa a tenté de tirer un peu de gloire de son côté et le grand dadais Docteur Okun nous fait l'honneur de sortir du coma 20 ans plus tard... J'oublie personne ? Ah si : ne cherchez pas Will Smith. Il est mort.

« J'ai une grosse barbe. Je suis vieux. Je suis fatigué. Je suis torturé. On me prend pour un fou.  Je suis un incompris. »

« J'ai une grosse barbe. Je suis vieux. Je suis fatigué. Je suis torturé. On me prend pour un fou. Je suis un incompris. »

Analysons tout cela.

D'abord, la paix dans le monde. La dernière fois que j'ai vérifié, le premier film débordait de patriotisme à dose de drapeaux américains, de soldats américains, et de fête d'Indépendance propre aux USA. On connaît la chanson : les américains sont grands, beaux et forts, et ils nous sauvent le monde par dessus le marché. Le second opus étant toujours vu du point de vue des américains, on n'y voit pas grand chose du reste du monde. Est-ce qu'ils ont aussi des beaux vaisseaux et une technologie vachement avancée ? On ne le saura jamais.

Ceci dit, une poignée de chinois font désormais partie de la défense spatiale du côté des américains. Y a un effort qui est fait. Mais n'abusons pas : les africains sont toujours placés du côté « primitif » : sabres en guise d'armes (avec deux-trois pistolets extra-terrestres), des crânes placés sur des piques pour faire peur.

Et puis, notons-le, ce film est terriblement ironique sur le côté « peace and love » quand on regarde les actualités.

 

Ensuite côté technologie, on peut dire que ça pêche. Primo : en Afrique, on s'aperçoit d'un coup que le seul vaisseau qui eut atterrit en 1996 se remet en marche. Deuxio : un vaisseau qui fait la moitié de la planète fait son apparition comme un cheveu sur la soupe vers la Lune. Et rien ne l'empêche de foncer sur la Terre, défiant toute défense spatiale mise en place. Tercio : les quelques survivants de la nouvelle attaque créent des bouchons énormes sur la route avec des voitures qui roulent toujours à l'essence.

Rien que ces trois éléments devraient nous choquer : pourquoi imaginer un vaisseau abandonné dont personne dans le coin n'a exploité la technologie ? Les mecs : vous avez eu 20 ans pour vous en emparer, l'étudier, comprendre ses objectifs, découvrir ses secrets, ses origines... Mais non : vous découvrez qu'un gros trou avait été creusé dans le sol, vous vous apercevez que le vaisseau se met à briller sans raison, et... aucun de vous n'y trouve à redire ? Continuons.

 

Plus grosse boulette de la galaxie : pourquoi avoir développé des armes et des défenses ultra-sophistiquées si personne n'est capable de voir un put*** de vaisseau ENORME arriver ? Il y a 20 ans, on était capable de voir arriver à cette distance des vaisseaux cent fois plus petits. MAIS NON : même depuis la lune, on se laisse surprendre par un « Oh merde ! Un vaisseau encore plus gros que la dernière fois ! ». De quoi se taper la tête contre une table. Et le machin arrive peinard sur la Terre. VINGT ANS sont passées et personne n'a songé à installer un genre de puissants satellites pour voir arriver des ennemis depuis le Proxima du Centaure ? Ou un bouclier autour de la Terre en cas de nouvelles attaques ? Non ? Quand on est capable de reconstruire la civilisation entière sans laisser aucune ruine derrière soi, on peut penser à ces petits détails, tout de même. Surtout si on se doutait qu'ils devaient revenir en mode furax.

« Oups. Si seulement nous avions eu une technologie assez puissante pour nous préparer à une nouvelle attaque... »

« Oups. Si seulement nous avions eu une technologie assez puissante pour nous préparer à une nouvelle attaque... »

Dernière incohérence : dès le début du film, on nous installe le speech en mode « on a vachement évolué, on va plus vite, on défie la gravité » sur un fond de métropole futuriste. Mais ces couillons de survivants ont la stupide idée de continuer à utiliser des voitures et des bateaux à moteur. Même dans Retour vers le Futur 2 les voitures volent, les gars. Et c'était en 2015.

 

Après, on ne peut pas entièrement leur en vouloir. Excusez le spoil, mais les Terriens arrivent quand même à gagner la bataille et alors que l'on montre des paysages dévastés, nous noterons que notre indestructible Tour Eiffel tient toujours debout. Depuis le premier opus, tout de même...

 

 

Et les personnages ? Outre le fait que tous les enfants sont devenus militaires – encore une vocation à la mode – beaucoup d'éléments ne collent pas ou sont trop peu crédibles pour être pris au sérieux.

 

Petit A : Président Whitmore fait de vilains cauchemars et se trouve obsédé par une vision mystérieuse, commune à tous ceux qui ont été en lien avec les aliens. D'ailleurs, il le dessine partout sur des feuilles pour bien montrer son obsession. Pendant les trois-quart du film, il est montré à 'écran en posture largement affaiblie (une canne, une barbe négligée, et hop ! Illusion typique du septième art!). Et magie : lors de la préparation du combat final-the-last-one-ever, le voilà en tenue de combat prêt à dégommer de l'alien une dernière fois, sans canne et sans barbe.

Petit B : Le Docteur Okun qui se réveille d'un coup du coma et qui pète le feu. Parce que l'atrophie des muscles est une légende urbaine en ce bas monde. Et comme lui aussi il a été en lien direct avec les extra-terrestres, il va dessiner partout des formules et des figures géométriques. Comme il n'a pas de feuille, il va dessiner sur les murs (heureusement le brave homme avait un feutre sous la main !). Mais manque de bol, il ne sait pas ce qu'il dessine : il n'en a aucun souvenir. C'est chiant les scénarios, ça vous créé des amnésies embarrassantes. Et hop, le revoilà parti dans des recherches actives pour lutter contre les extra-terrestres. Un p'tit coma de vingt ans, ça vous requinque vachement, quand même.

Petit C : David a passé son permis. Si, si, il conduit un car scolaire au bout de la 120e minute.

 

Et je pourrais continuer longtemps ainsi, mais je vous ferais perdre du temps. Les interactions entre les personnages sont trop superficielles pour que l'on s'attache à eux ou que l'on comprenne mieux les liens qui les unit. Retenez tout de même que nous avons quelques nouveaux, soit des p'tits jeunes fringants prêts à prendre la relève avec nonchalance, désobéissance à outrance, insolence. Bref, une génération Y dans toute sa splendeur (genre « hé, les aliens ! Je suis jeune, grand, bogoss et je serai toujours vivant à la fin du film ! Regardez comme je vous provoque, je pisse sur votre vaisseau ! Ah ah ah ! »).

« Dégagez les vieux, place aux jeunes ! J'ai un monde à sauver, moi. La preuve, je prends l'air hyper concentré en conduisant un engin spatiale.»

« Dégagez les vieux, place aux jeunes ! J'ai un monde à sauver, moi. La preuve, je prends l'air hyper concentré en conduisant un engin spatiale.»

Bref, quand les bases du scénario sont baclées, il ne reste plus qu'une chose à faire : poser votre cerveau dans un coin et regarder le film avec second degré. On regrettera simplement que l'aspect familial du premier Independence Day sera mis de côté pour produire un bon blockbuster

Le film devient plus agréable à regarder et on arrive mieux à rire des innombrables maladresses. Jusqu'à la dernière séquence :

« Youpi, on a gagné ! Mais c'est pas fini, il reste d'autres aliens dans la galaxie ! Il faut continuer à combattre les extra-terrestres ! »

Noir.

Générique de fin.

Sérieusement ?

 

Conclusion : si vous avez envie de rire franchement au cinéma, n'allez pas voir Camping 3. Mais préparez-vous à un troisième Independence Day dans un avenir proche.

 

 

Clémentine Samara

Partager cet article

Repost 0
Published by Le Kamikaze de l'écran - dans Cinéma
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog du kamikaze de l'ecran
  • Le blog du kamikaze de l'ecran
  • : "Le Kamikaze de l'écran" est un web-magazine libertaire offrant à l'internaute des avis de plusieurs chroniqueurs sur le cinéma, le jeu vidéo, la littérature, la BD, mais aussi sur les actualités du net. Priorité à la dérision et l'humour.
  • Contact

Recherche

Catégories

Liens